« Il ne s’agit surtout pas d’un échec personnel… »

Voici un extrait de ce que Patrick Lagacé publiait dans La Presse au lendemain du décès de David Bowie :

… cet automatisme qui transforme les malades du cancer en combattants, par le choix de nos mots.

« il combat un cancer », « elle a perdu son combat contre le cancer », « il a vaincu le cancer ».

Chaque fois, comme toute la journée hier dans le cas des topos sur la mort de David Bowie, chaque fois, je fais la grimace, je suis mal à l’aise comme quand quelqu’un gratte ses doigts sur un tableau noir.

Le mystère du cancer – ce qui le cause, ce qui le guérit, etc. – le fait échapper à la notion de « combat ». Un combat présuppose un adversaire modérément identifiable et prévisible, ce qui n’est pas le cas de l’adénocarcinome modérément différencié.

Et pensez-y : c’est mettre une pression épouvantable sur les malades que de perpétuer, par notre choix des mots, le mythe du combat-contre-le-cancer. Dire à quelqu’un qu’il a « gagné son combat contre le cancer » me semble d’une violence  terrible : les gagnants ont généralement « bien » combattu, cela veut-il dire à contrario que ceux qui perdent ont « mal » combattu?

Bien sûr que non.

Si vous avez des proches qui sont morts du cancer, vous le savez aussi bien que moi : ils voulaient vivre, ils étaient dévorés autant par le cancer que par ce désir aussi vif et incandescent de vivre, désir qui animait pareillement ceux qui ont pu échapper aux pinces du crabe…

… c’est justement parce que l’expression « combat contre le cancer » est un automatisme qu’elle est en soi violente. Parce qu’on a collectivement métabolisé que si on se bat « bien », que si on se bat « fort », eh bien, c’est la recette pour « battre », ce putain de cancer…

Et ça, c’est faux.

*

Je partage avec vous cet article aujourd’hui parce que j’ai reçu plusieurs E-mail concernant quelques-uns de mes derniers billets qui utilisaient les mots suivants : « guerrier », « warrior », « combat », et les commentaires reçus allaient tous dans le même ordre d’idée que le texte de Patrick Lagacé. Laissez-moi préciser ma pensée là-dessus; Je suis entièrement d’accord avec ce texte.

Le désir de « se battre » n’est pas suffisant pour faire pencher la balance. Une personne ne « perd » pas une bataille contre le cancer, elle en subit les conséquences dévastatrices.

Par contre, je pense que toute personne ayant contracté cette terrible maladie est un guerrier. Il n’en saurait être autrement pour faire face aux préjudices des employeurs face à cette maladie, pour faire face aux traitements de radiothérapie et/ou de chimiothérapie, pour faire face aux effets secondaires, pour l’annoncer à nos proches, pour se lever debout chaque matin et trouver un sens à cette vie écourtée…

Et, lorsque j’utilise le mot « combat », ce n’est surtout pas pour faire croire qu’il faut se battre contre le cancer; je parle plutôt du combat journalier pour essayer de garder le moral, pour continuer à se trouver un but, même s’il n’est qu’à court terme.

Soyons très très clair… mon combat n’est pas contre mon cancer; ce combat, la médecine et la science s’en charge. Mon combat est de me trouver une raison de vivre, d’apprécier la vie et surtout de pouvoir en profiter à ma façon pour le temps qu’il me reste, et ce, qu’il soit long ou court.

Je terminerai donc sur un texte de la docteure Véronique Poulin;

Mon souhait le plus cher serait donc de voir disparaitre cette notion de bataille perdue contre le cancer. Il s’agit d’une conception qui m’apparait réductrice. Cela peut amener les patients à se percevoir en tant que perdants face à une maladie implacable. On ne décède pas du cancer par manque de combativité et il ne s’agit surtout pas d’un échec personnel…

… l’individu peut se donner certains défis et objectifs qui lui permettent de vivre plus sereinement… Cela se traduit parfois par l’apprivoisement de la mort, un rapprochement avec des membres de la famille, une façon différente de concevoir les petits plaisirs quotidiens, etc. C’est pourquoi, je pense que l’accent devrait être mis sur le courage des gens qui ont succombé au cancer et l’attitude face à la maladie plutôt que sur l’échec d’un combat.

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Une réflexion au sujet de « « Il ne s’agit surtout pas d’un échec personnel… » »

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